• La plupart d’entre nous ont toujours considéré le fait de dormir comme un geste relativement anodin. Jusqu’à ce que nous devenions parents et que le sommeil de notre bébé frise l’obsession. Qui n’a jamais été témoin d’un parent roulant lentement en voiture ou marchant derrière une poussette dans l’ultime espoir que son enfant dorme enfin? Qui n’a jamais aperçu un collègue, cerné, soupirant quelque chose comme : « Mon gars s’est réveillé sept fois cette nuit »?

    Le rapport au sommeil se construit dès la naissance

    Les premiers mois de vie détermineront le type de dormeur que nous serons. Il incombe aux parents de jouer un rôle éducatif à cet égard. En prenant connaisse des mécanismes du sommeil et des enjeux qui en découlent, ils sont aptes à adopter une attitude et des comportements qui seront profitables à leur enfant. Lors du suivi post-accouchement, à l’hôpital ou à la maison, on met l’emphase sur la sécurité et sur l’alimentation. Bien souvent, le sommeil ne vient sur le sujet que lorsqu’il semble problématique et, malheureusement, les parents endurent parfois le supplice assez longtemps avant de chercher des réponses et de l’aide.

    Chaque enfant est unique. Il n’existe pas de calendrier, d’échelle de développement ou de recette applicables à la lettre et pour tous. Il y a toutefois une quasi-unanimité sur un point : les bébés qui font leurs nuits sont des oiseaux rares.

    Le nouveau-né ne distingue pas le jour de la nuit. La lumière ou la pénombre l’indiffèrent. 60 % de son sommeil total est agité, c’est-à-dire qu’il s’agit de la phase (durant de 20 à 30 minutes) où surviennent les rêves. C’est pourquoi il sourit, grimace et émet des sons en dormant : il répond à ce qui se joue dans sa tête. Le sommeil calme vient ensuite, pour 50 à 60 minutes au total de cycle complet. Lorsqu’un enfant dort plusieurs heures d’affilée, les cycles (sommeil agité/sommeil calme) s’enchaînent. Le moment où cela se produit est aléatoire, qu’on soit le jour ou la nuit… au grand dam des parents!

    Pièges à éviterLE sommeil du nouveauné, pièges à éviter

    Les premières semaines passées avec son bébé, les parents sont à l’affût du moindre signe particulier. C’est pourquoi ils mésinterprètent parfois ce qui se produit lors du sommeil agité. Le visage de l’enfant étant expressif à ce moment-là, il ne parait pas tout à fait endormi, mais plutôt pris de malaises, de douleur, de bien-être… Il peut tantôt gazouiller, tantôt pleurer, même ouvrir les yeux. Ses bienveillants parents y perçoivent à tort des signes d’éveil, de souffrance ou d’appel. Et y répondent, alors qu’il aurait été préférable de le laisser continuer à dormir. Il s’agit cependant d’une réaction bien intentionnée, d’une projection de leurs propres émotions d’adultes sur des mouvements réflexes de leur bébé. Souhaitant le consoler, le rassurer, le combler, ils le réveillent complètement bien que, peut-être, il aurait enfilé quelques cycles de sommeil. Le résultat n’est pas sans conséquence : le sommeil calme ne succède plus naturellement au sommeil agité. Le repos normal étant ainsi contraint, le bébé est davantage fatigué et, surtout, il « apprend » à se réveiller à la suite d’une période de rêves.

    Et s’ensuit un cercle vicieux. Bébé se réveillera au deux heures ou presque toutes les nuits étant donné que, pour lui, la fin du sommeil agité (rêve) signifie « réveil ». La bonne intention des parents perturbe l’apprentissage au sommeil. Néanmoins, rompre un rythme sommeil est plus néfaste à long terme que de laisser un tout-petit pleurer quelques minutes de plus sans le consoler parce qu’on souhaite s’assurer qu’il est véritablement réveillé.

    Stratégies

    On sous-estime parfois l’impact que la transition entre la vie intra-utérine et la « vraie vie » a sur un nouveau-né. Pour favoriser cette adaptation, il s’avère profitable de lui permettre, à certains moments, de s’endormir dans les bras de ses parents, pour le réconfort que ça lui apporte, puis d’y demeurer toute une période de sommeil, de l’endormissement, en passant par le sommeil agité puis le sommeil calme, jusqu’à son éveil spontané. À un autre moment, il convient le déposer dans son lit dès qu’il ralentit sa succion afin qu’il s’y endorme seul. Mélanger ces deux scénarios, c’est-à-dire endormir son bébé sans ses bras pour le mettre au lit par la suite, n’est pas approprié parce que, en plus du risque de réveil imminent, il se réveillera plus tard dans un endroit autre que celui dans lequel il s’est endormi. Cela l’insécurisera. Même pour un adulte, cela est perturbant.

    Enfin, il ne faut pas oublier que les parents écopent eux aussi du mauvais sommeil de leur progéniture. Si l’apprentissage au sommeil se réalise correctement, tout le monde en sort gagnant. Pendant ce temps que durent les réveils fréquents de bébé, afin de ne pas sortir complètement épuisé de l’aventure, alterner les disponibilités des deux parents, autant que faire se peut, demeure l’option à considérer. Par exemple, le parent qui continue de travailler peut assurer les boires de nuit les week-ends puisqu’il peut récupérer son sommeil par une grâce matinée ou une sieste.

    Et rassurez-vous, les premiers mois ne durent pas toute la vie!

    Brigitte Langevin – Collaboratrice infoSommeil.ca
    Auteure, conférencière et formatrice agréée
    Spécialisée dans le domaine du sommeil
    Experte en éducation au sommeil
    www.brigittelangevin.com

    Pour en savoir plus sur le sommeil des nourrissons :

    Le sommeil du  nourrisson – Éditions de Mortagne

    Stratégie des 15 secondes
    Par Brigitte Langevin, auteure, conférencière et formatrice
    www.brigittelangevin.com

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